Laura, victime d'un "revenge porn" :
https://amp.lepoint.fr/2181678
Le cyber harcèlement, comment il détruit des vies :
https://amp.lepoint.fr/2181051
Marion Seclin, « championne de France de cyber harcèlement », une TEDxTalk poignante où elle raconte les 40 000 insultes, menaces de viol, de mort :
Elle pointe maladroitement le sexisme de sacs de randonnée et se prend des remarques sur sa sexualité pendant quatre jours :
https://www.lci.fr/societe/decathlon-cyber-harcelee-pour-un-tweet-sur-des-sacs-de-randonnee-2060299.html
Buffy Mars est une blogueuse féministe qui parle notamment des problèmes de harcèlement et d’insécurité :
http://www.20minutes.fr/high-tech/1996679-20170116-publie-sms-deplace-electricien-orange-fait-harceler-twitter
La vague de haine subie en retour de son tweet est inimaginable. Des appels au meurtre, au viol.
Elle a dû supprimer toute trace d’elle sur internet un long moment pour ne plus mettre ses proches en danger, elle a pu revenir sur le réseau social une année plus tard quand la polémique s’est calmée.
Documentaire sur le cyber harcèlement, qui a de très graves conséquences sur les victimes :
http://www.terrafemina.com/article/chroniques-de-l-impunite-2-0-un-docu-edifiant-sur-le-cyber-harcelement_a336857/1
Sophie Labelle, militante trans, a dû déménager sous le poids des menaces :
https://www.vice.com/amp/fr_ca/article/xyep43/harcelee-par-des-trolls-une-bedeiste-trans-est-forcee-de-demenager
Menaces de morts envoyées aux créateurs du numéro anti-relou, les forçant à désactiver la ligne :
http://mobile.lemonde.fr/big-browser/article/2017/10/31/le-numero-anti-relous-suspendu-apres-une-campagne-de-cyberharcelement_5208419_4832693.html
La journaliste féministe Nadia Daam dénonce l’impunité des cyber harceleurs et se prend des menaces de mort à son tour, des menaces sur ses enfants, des visites suspectes à son domicile. Elle suspend temporairement son compte twitter :
http://www.europe1.fr/medias-tele/europe-1-agit-contre-la-campagne-de-cyber-harcelement-dont-nadia-daam-est-victime-3482270.amp
Suite à ces menaces, la féministe Sophie Gourion appelle les sponsors du forum JVC à se retirer pour faire réagir la modération : 6 sponsors se retirent, Webedia panique et met en place une modération plus sévère. Sophie Gourion est à son tour menacée, elle est seule et lance des appels aux féministes influentes autour d’elle pour la soutenir et faire bloc, peu de personnes y répondent. Elle le regrette et parle de la peur des harceleurs dans la sphère militante.
Elle a quitté le réseau sous le poids des menaces.
(Je m’arrête là, mais la liste est longue, beaucoup trop longue.)
[TW violence psychologique]
Les cibles voient leurs coordonnées privées tomber aux mains des harceleurs, des comptes à leurs noms créés sur différents sites pornographiques, voient leurs contacts amicaux, familiaux et professionnels visés par de faux-comptes à leurs noms. Elles se réveillent avec des photos de cadavres dans leurs boîtes mail (merci 4chan), des images d’elles couvertes de sperme, des inconnus qui frappent à leur porte puis qui disparaissent pour les intimider. Les cyber harceleurs débusquent des informations sur les enfants de militantes, les écoles qu’ils fréquentent, pour les effrayer. Certaines se voient également attribuer des actions qu’elles n’ont pas commises pour les discréditer : des forumeurs malveillants du 18-25 de JVC créent de faux comptes de militantes par centaines, volontairement caricaturaux et stupides pour s’attirer foudre et mépris. Récemment, des revendications douteuses après l’incendie d’une gendarmerie ont circulé.
C’est une expérience atroce. On se sent démunie, exposée, impuissante.
C’est un délit mal appréhendé, mal connu, sur lequel on légifère peu. Les modérateurs se retrouvent impuissants et débordés.
Devant l’urgence et l’inertie, des listes de blocages sont créés par des militantes qui ciblent les forums problématiques (notamment le 18-25 de JVC, mais aussi les menaces, les comptes qui likent ces menaces et les milliers de comptes parfois en doublons destinés aux “raids” comme on les appelle dans le jargon).
J’ai installé onze de ces listes sur le coup pour me protéger.
Il y avait sûrement des personnes ajoutées par erreur, une marge d’erreur sur 20 000 comptes et doublons, venant notamment de JVC et de la sphère Soralienne, que les militantes résorbent comme elles peuvent en demandant à ce que ces personnes et les amis de ces personnes signalent toute erreur. Elles laissent la liste ouverte et publique.
Ma-sécurité-était-en-jeu. Certains avaient des photos de moi, mon adresse, mes contacts.
Après avoir pris ce raid, j’ai dû, comme d’habitude me confronter à l’ignorance et au paternalisme des personnes complètement déconnectées de ces réalités. Me justifier maintes fois.
M’excuser maintes fois des actions de mes harceleurs ET de ce filtre de blocage appliqué pour protéger mon compte.
L’agresseure, la radicale, la violente, c’était moi.
Je n’ai jamais eu autant à me justifier et à culpabiliser de mes photos et de ma manière de me défendre. Je me suis sentie infantilisée, peu crédible, un peu hystérique. Ma féminité a joué contre moi.
Suite à ce « raid » vécu cet été, je suis entrée en dépression et le pire a failli arriver. J’ai perdu l’envie d’écrire des choses mignonnes et innocentes qui ne servent à rien.
Les hystériques émotionnelles radicales à policer dont on anticipe les dérives, ce sont les victimes de viols et d’agressions.
J’ai envie de demander à tous ces policeurs (si inutiles, si ce n’est pour enfoncer) de se renseigner, de s’instruire, de s’informer merde sur ces situations dont ils ignorent tout avant de blâmer les victimes. Vous seriez une écharde en moins pour le moral. Et de ne plus se soucier uniquement de l’agressivité des agressées (surtout de celle, biaisée, qu’on attribue spécifiquement aux femmes avec paternalisme.)
« L’hystérie » des cyber harceleurs, elle, n'en est pas une, étrangement, puisque ce sont en majorité des hommes. Leurs dérives émotionnelles, on ne les blâme pas beaucoup.
Leurs offenses d’ego sont justifiées (vous comprenez, ils se sentent attaqués dans leur virilité lol) étrangement et les réactions disproportionnées qu’elles entraînent paraissent moins « passionnelles » que nos réactions.
Pourquoi l’agressivité de personnes fortes choque-t-elle moins ? Pourquoi cette hyperbole pour la féminazie seins nus et l’euphémisme pour le drame passionnel de l’amoureux tueur, sans que ces disproportions de langage ne choquent l''opinion ? C’est une question que je me pose.
Cette disproportion est épuisante. Cette inversion du rapport de force est épuisante.
Le cyber harcèlement a été la raison pour laquelle j’ai quitté le champ de bataille. Le coup de grâce. Une conclusion qui ironiquement mêlait tout : insultes sexistes, vol de photos, proches touchés, culture du viol, du tu l’as bien cherché. C’est le cocktail molotov anti-féministe le plus efficace et redoutable qui soit et beaucoup l’ont bien compris.
J’ai une profonde admiration, un peu de peine aussi, pour toutes ces lutteuses qui s’éclatent contre des murs, à cœur et à sang, en espérant les faire céder un jour.
J’espère qu’elles y arriveront, qu’ils bougeront de quelques centimètres tous les dix ans. C’est lâche de ma part puisque j’abandonne. Elles sont fortes, courageuses, s'embarquent dans une lutte ingrate.
J’ai décidé de me couper de certains réseaux sociaux et médias afin de ne pas me relancer dans cette colère. Mon homme insiste pour que je me coupe de ces informations. Si j’ai coupé mes cheveux et changé certaines habitudes, c’est parce que je suis seule à l’étranger, et que j’ai besoin de me recentrer, de ne plus subir d’agressions un moment, de ne plus trop y penser, afin de récupérer des épreuves de cet été. Ces textes deviennent éprouvants eux aussi, j'espère que j'arriverai à m'arrêter après celui-ci.
Ces témoignages sont crus, bruts, intimes. J’ai percé un abcès, j’ai relâché toute la tension que je refoulais. Je ressens un grand soulagement d’avoir formulé tout cela à l’écrit. À lire tout ceci, la situation me paraît encore plus grave que je l’imaginais. Le problème reste largement sous-estimé et minoré. Il y a un tel endormissement général que les lutteuses paraissent encore en faire trop. On commence tout juste la médiatisation de ces violences (et elle agace, indiffère). Si j’ai pu aider quelques personnes à une prise de conscience, c’est tant mieux, c’était mon but. C’est ma dernière carte militante. J’observe maintenant de loin l’évolution de toutes ces problématiques. Je continue d’être engagée auprès d'associations, notamment pour la prise de conscience des problèmes d'agressions sexuelles rencontrés par les femmes SDF.
Le consentement expliqué avec une tasse de thé :
Rappel :
- Profiter d’une personne saoule, incapable de donner un consentement clair et éclairé est un viol.
- Insister jusqu’à faire céder son ou sa partenaire à l’acte sexuel contre sa volonté est un viol.