Post Scriptum

Ma sexualité a longtemps été bridée par la socialisation.
Je témoigne d’un vécu concret, tangible et tabou et je souhaite si fort que les témoignages de femmes ayant une expérience similaire à la mienne se libèrent, pour lui donner une crédibilité et un poids, en face de tout ce qui est théorisé, admis (par les hommes) et de ce fait, plus légitime que nos ressentis.
D’où vient le dérèglement si soudain de mon désir ? (Je mets à mal ma pudeur dans ce recueil puisqu’il me semble que ce témoignage peut être important et utile)

Il y a encore quelques années, je croyais à la virginité et à la pureté féminine apprise du viriarcat, mon désir était si coupable qu’il s’éteignait de lui-même. Je me représentais mon corps comme celui d’une potentielle génitrice, avec cette idée de morale. Je voyais mon corps comme une contreforme, un utilitaire, défini en fonction de. Schéma creux, faussé mais entré dans les mœurs, d’un conduit débarrassé de l’organe du plaisir. Ne pas avoir eu de représentation correcte et d’informations sur mon corps a influé sur ma sexualité.
Un résumé ici ainsi qu’une représentation correcte de notre appareil génital.



Mon corps me faisait mal du fait de cette méconnaissance. S’introduire en lui me faisait honte. Je ne connaissais pas ce corps et j’étais en situation d’infériorité par rapport à mes amants. Je ne me visualisais pas assez large pour les accueillir en moi et je me refermais de crainte (cf. Vaginisme). Les tabous autour du désir, du plaisir et de l’anatomie de mon sexe ont constitué un frein à leur exploration.

Le corps masculin a longtemps été subi plutôt que désiré, subi ou faussement désiré. Je simulais le plaisir pour applaudir la performance viriliste : le fait de s’approprier mon corps saignant de son ignorance, mais combler l’ego d’un homme me satisfaisait, étrangement.

J’ai construit plus tard un imaginaire érotique qui a su me mettre en valeur le corps masculin et me le rendre attrayant.
Quand j’ai commencé à me représenter mentalement mon corps, clitoris en place, à ne plus culpabiliser de cette fameuse « pureté » et à connaître des amants eux aussi déconstruits et instruits sur mon corps, mon désir s’est libéré. J’ai pris le pouvoir sur mes organes génitaux et une vanne s’est ouverte.

Parfois, j’imagine l’épanouissement sexuel et la liberté de désir qui seraient permises aux femmes si on se sortait de l’idéologie viriarcale, à une époque où nous n’avons plus besoin d’établir tous ces vieux carcans et mythes de pureté / possession afin de contrôler la sexualité des femmes et de s’assurer de l’identité du père (merci la contraception et les tests ADN).
À quand la vérité sur mon corps ? À quand sa médiatisation ?

J’ai des besoins à assouvir, et ce, à tout moment du cycle. Personne ne me parle de mon désir de femme, de son impériosité. Il est encore tabou. Dans leurs esprits je suis encore ce réceptacle, potentiellement géniteur à rester pur. Ils croient qu’ils “salissent” les prostituées ; il y a encore tant de travail.
J’aimerais une explication scientifique à ce changement soudain (et je souhaite de tout cœur que l’autre moitié de l’humanité prenne la place qu’elle n’a jamais eue dans ce domaine, voir les études d’Odile Fillod à qui nous devons la modélisation en 3D du clitoris ; tous les articles du blog) Pourquoi mon désir n’est-il pas plus fort en période d’ovulation ? Pourquoi est-il si fort pendant les menstruations ? (Et pendant la grossesse pour beaucoup de femmes) ?

Certaines nuits, je tremble de désir, me tourne, me retourne, me répand sur les draps en pensant à comment l’objet de mon désir me prendra. Cela devient parfois insupportable. Quand le désir est trop douloureux, j’applique des compresses froides sur ma petite érection et cela me calme. Le désir que j’éprouve parfois me dévore le bas ventre ; il m’empêche de marcher, de me concentrer, si bien que pour l’assouvir, il me faut d’abord me le calmer et ne plus avoir mal.
(Beaucoup de garçons croient que le pénis a le monopole de ce désir douloureux, pourquoi le croient-ils, d’ailleurs ? J’ai longtemps appris qu’une libido impérieuse était propre aux possesseurs de pénis qui se devaient de féconder et d’évacuer leurs gamètes, l’expérience concrète m’a montré que mon désir dépassait souvent celui de mes amants).
Mon corps déconstruit des moules sociaux s’est compris lui-même et a compris son potentiel.
Et si j’avais été bridée par la socialisation ? Les rapports sexuels auraient pu être si beaux dès le départ.

Pourquoi n’irai-je malgré tout jamais m’emparer du corps d’un-e autre, le réduire à l’état d’objet pour me satisfaire ? Le contrôle social de mon corps de femme reste malgré tout si puissant que mettre cela en pratique ne m’effleurerait jamais l’esprit. Dans les faits, la société dit aux hommes que me toucher est un droit naturel, que me tuer est un crime passionnel, que me violer est une erreur peu probable d’être condamnée, surtout si j’ai les jambes trop découvertes. C’est ce que je voudrais combattre. Cette évidence, ce mensonge où le manque de contrôle social est presque excusé.

Je ne comprends pas qu’on puisse avec son corps passer le cap de neutraliser le corps d’un autre être humain et lui infliger l’intrusion pour se satisfaire. Pourquoi d’ailleurs ce phénomène détruit-il autant mentalement, pourquoi empoisonne-t-il ce corps ? Pourquoi je me sens comme si on m’avait inoculé la mort au contraire ? D’où vient ce sentiment atroce ? Pourquoi tant de femmes hurlent-elles si fort leur douleur, leur haine et leur rejet de ce que vous êtes potentiellement ?

Je ne comprends pas que ce mécanisme d’intrusion puisse être impuni et justifié si facilement par un désir impérieux, je ne comprends pas qu’il puisse être confondu avec de la séduction ou un rapport sexuel. Ce mensonge a de terribles conséquences, et j’ose espérer que cette idée sera désamorcée quand nous prendrons nos places légitimes.